Témoignage : On passe par 36 émotions lors d’un bombardement.

par

 

Photo d’illustration : façade de la mairie d’Odesa et buste d’Alexandre Pouchkine qui donne sur l’allée Prymorskyi.

On me demande souvent ce qu’on ressent. Pour les missiles, on a bien souvent pas le temps de réaliser : Sirène d’alerte – Un coup d’œil sur Telegram – Mise à l’abri vite fait- Boum… On reste à l’abri jusqu’au signal sur Telegram car les doubles frappes sont courantes.

Pour les drones c’est différent. Vous avez davantage de temps pour vous préparer, mais aussi pour gamberger dans votre tête. On regarde le nombre, par où ça vient. On se cache de manière plus ordonnée. Par exemple, je prends toujours le temps de me munir de mon passeport en cas de fuite précipitée.

Commencent alors les premiers bourdonnements, ça me donne toujours l’impression que le mal et la mort cherchent leurs victimes. Surviennent ensuite les tirs de la défense anti-aérienne et bien souvent cela débouche sur un boum. Quand le drone n’est pas touché, si le drone est dans votre direction, vous entendez sa brusque chute, un bruit de Stutka comme lors de la Seconde Guerre mondiale. Le mal et la mort ont choisi… Ce temps de chute est court mais paraît une éternité. Le boum signifie que vous n’êtes pas touchés. Un sentiment mêlé de soulagement, de méfiance car d’autres peuvent arriver mais aussi de compassion pour ceux dans le malheur.

Parfois, comme hier, le drone russe prolonge son « plaisir » qui est la terreur qu’il sème dans la population. Il tourne, tourne, tourne puis il est vaincu par la défense anti-aérienne. Le message tant attendu apparaît sur les réseaux sociaux. « Pur mais reconnaissance du ciel » et enfin le petit bouton vert ✅ de fin d’alerte s’affiche. Hier, les enfants du quartier exultaient.

Fabrice et le chien qu’il garde dans la salle de bain pendant le bombardement dans la nuit du 18 au 19 juillet 2025 (©️ Fabrice Michel).

Avant d’aller se recoucher, un petit coup d’œil sur les comptes Telegram des amis, s’ils sont online c’est qu’ils vont bien. Tout le monde se connecte à Telegram lors des alertes. Inquiétude par contre si l’un d’entre eux n’est pas présent. Quelle que soit l’heure, un petit coup de fil et l’on est rassuré. On peut alors aller redormir en espérant que le restant de la nuit sera calme. Je calque d’ailleurs mes heures de sommeil sur les habitudes des Russes. À certaines périodes de l’année, ils attaquent en début de soirée, en été c’est plus souvent en milieu de nuit. Je me couche donc vers 21h. Certains indices permettent cependant souvent d’avoir une idée de ce qui nous attend. Bien souvent 2-3 heures avant les alertes, les canaux Telegram informent (ou pas) des lancements répétés depuis les zones de départs habituelles.

Façade d’un immeuble après les bombardements. Juste après l’arrêt de bus près du centre Goncharenko[1]. Une rue avec beaucoup d’habitations et de commerces, impossible qu’il y ait la moindre cible militaire autour (©️Fabrice Michel).

Pour l’attaque d’hier, l’armée russe a utilisé la technique de la tenaille en attaquant par 2 endroits. Difficile pour la défense anti-aérienne d’anticiper ses coups.

Fabrice Michel depuis Odesa

Canal Telegram : https://t.me/TRYZUB_TRIDENT

  1. https://goncharenkocentre.com.ua/en/