Le désordre international actuel : Hésitations occidentales et transformations des pouvoirs mondiaux.

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Les hésitations occidentales, de la Géorgie à l’Ukraine

À la suite de la guerre froide, beaucoup pensaient qu’un ordre international stable dirigé par les États-Unis perdurerait. Pourtant, le monde apparaît aujourd’hui comme profondément bouleversé, marqué par la guerre en Europe et l’ascension de puissances concurrentes. Des chercheurs de premier plan observent que si le système dominé par l’Occident s’érode, un nouvel ordre « multipolaire » est en train d’émerger, de plus en plus porté par l’Asie et le Sud global. Les craintes d’un effondrement total de l’ordre mondial se sont accrues, notamment à mesure que les États-Unis se sont retirés de leur rôle de leader traditionnel. Toutefois, cette transition est à l’œuvre depuis des années : elle n’est pas uniquement le produit des événements récents, même si ceux-ci l’ont accélérée. Un facteur central réside dans l’hésitation et l’indécision des puissances occidentales face à l’agression autoritaire, ce qui a enhardi leurs rivaux et sapé les principes de l’ère post-guerre froide.

Un exemple clair est le défi de longue date posé par la Russie à l’ordre post-soviétique. En 2008, la Russie a envahi la Géorgie, s’emparant des régions d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud. Les réactions occidentales se sont largement limitées à des protestations diplomatiques, sans action ferme visant à inverser l’invasion. Aujourd’hui encore, la Russie occupe environ 20 % du territoire géorgien, en violation flagrante du droit international. L’absence de réaction occidentale décisive en Géorgie a envoyé un signal dangereux. Celui-ci a été renforcé en 2014 lorsque la Russie a annexé la Crimée et attisé la guerre dans l’est de l’Ukraine. Ces actions ont suscité des sanctions, mais aussi le maintien d’une dépendance européenne au commerce et à l’énergie russes.

Entre 2018 et 2021, la part du gaz russe dans la demande de l’UE est passée de 26 % en 2010 à plus de 40 %. En 2021, la Russie fournissait environ 45 % du gaz importé par l’Europe et plus d’un quart de son pétrole. Cette dépendance a rendu plusieurs États européens prudents face à Moscou, même après des provocations évidentes. Des réseaux d’influence russes ont activement œuvré à approfondir cette dépendance. Le Forum germano-russe a promu Nord Stream et combattu la diversification, tandis que des acteurs liés au Kremlin présentaient ces projets de pipelines comme des instruments de « dialogue ». L’enchevêtrement économique de l’Europe avec la Russie a affaibli la volonté politique précisément au moment où la dissuasion était la plus nécessaire.

Les hésitations occidentales ont culminé en 2021 et 2022. Alors même que la Russie massait des troupes autour de l’Ukraine, Moscou a formulé des ultimatums maximalistes exigeant un retour de l’OTAN à sa posture des années 1990 et un droit de veto sur tout futur élargissement. Ces exigences révélaient à quel point le Kremlin se sentait enhardi. Lorsque la guerre à grande échelle a éclaté en février 2022, les conséquences de l’indécision passée sont apparues tragiquement évidentes. Le soutien occidental est arrivé après l’invasion, non avant. Une dissuasion retardée équivaut à une dissuasion refusée.

La guerre en Europe et le prix du retard

L’invasion russe de l’Ukraine a brisé la paix européenne et provoqué le plus grand conflit armé sur le continent depuis la Seconde Guerre mondiale. À la fin de 2025, les estimations des services de renseignement occidentaux faisaient état de près d’un million de victimes des deux côtés, dont environ 240 000 soldats tués au combat. Les souffrances civiles ont été immenses. Plus de 10,6 millions d’Ukrainiens ont été déplacés, soit environ un quart de la population d’avant-guerre. En décembre 2025, les forces russes occupaient encore près de 19 % du territoire ukrainien.

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Part du territoire ukrainien occupé et comparaison avec le territoire français (source : France Info).

Chaque mois de retard dans la réduction des revenus russes se traduit directement par des destructions supplémentaires. Les analystes avertissaient que chaque mois d’hésitation européenne signifiait davantage de missiles frappant les villes ukrainiennes. L’économie ukrainienne s’est contractée de plus de 20 % depuis 2022, ses infrastructures ont été dévastées et des millions de vies ont été durablement bouleversées. Les réponses occidentales depuis 2022 ont été substantielles mais réactives. En 2024, les importations de gaz russe dans l’UE ont fortement chuté et les importations de pétrole ont été réduites à des niveaux marginaux. L’OTAN a renforcé son flanc oriental et accéléré son élargissement.

Cependant, ces mesures sont intervenues après la création de faits irréversibles sur le terrain. Un soutien tardif ne peut effacer les conséquences d’années d’indécision. Le prix de l’hésitation se lit dans les villes détruites et les générations perdues.

Le Caucase et au-delà : vides de pouvoir, connectivité et opportunisme

Les hésitations occidentales ont également remodelé les périphéries de l’Europe, en particulier le Caucase du Sud, où la connectivité, les infrastructures et les discours de paix fonctionnent comme des instruments de pouvoir plutôt que comme des biens neutres.

La trajectoire récente de l’Arménie est instructive. Tout au long de l’année 2025, le Premier ministre Nikol Pachinian a visiblement recherché un rapprochement avec l’Occident, se rendant à Bruxelles pour des réunions de haut niveau avec les dirigeants de l’UE en juillet 2025 et visitant les États-Unis en septembre 2025 à l’occasion de l’Assemblée générale de l’ONU. Pourtant, cette ouverture n’a pas empêché un recentrage rapide vers Moscou. Le 22 décembre 2025, Pachinian a rencontré Vladimir Poutine à Saint-Pétersbourg.

Plus révélatrice encore que cette chorégraphie diplomatique a été la volonté explicite de l’Arménie de se réintégrer dans des systèmes d’infrastructures contrôlés par la Russie. En décembre 2025, Pachinian a publiquement appelé la Russie à restaurer d’urgence des segments ferroviaires désaffectés reliant l’Arménie à l’enclave azerbaïdjanaise du Nakhitchevan et à la frontière turque, notamment les sections de Yeraskh et d’Akhurik. Ces discussions ont eu lieu directement dans le cadre de sa visite en Russie.

La signification géopolitique est claire. Au moment même où l’Arménie cherche à approfondir son engagement avec l’UE et les États-Unis, elle signale sa disposition à activer des routes qui contourneraient la Géorgie et réduiraient la valeur pratique du rôle de corridor de cette dernière. Il ne s’agit pas simplement d’une décision commerciale. Dans le Caucase du Sud, la connectivité détermine le levier, et le levier détermine le comportement.

L’approche de l’Azerbaïdjan renforce cette logique instrumentale. Bakou traite de plus en plus les partenariats extérieurs et les arrangements de transit comme des outils de pression plutôt que comme des biens régionaux partagés. Après l’adoption par l’Arménie et l’UE d’un nouvel agenda stratégique à Bruxelles le 2 décembre 2025, le ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères a protesté publiquement, exigeant des révisions de ce qu’il a qualifié de « dispositions nuisibles ». L’Arménie a rejeté cette accusation. Indépendamment des récits, la tendance générale est évidente : un document bilatéral UE–Arménie a été présenté comme nécessitant l’approbation de l’Azerbaïdjan au nom de la « paix régionale ».

Cela fait écho à des différends antérieurs sur le transit et les tarifs, où des questions techniques sont rapidement politisées, amplifiées par des médias alignés et présentées comme des tests de loyauté envers la stabilité. La retenue de la Géorgie est considérée comme allant de soi, tandis que d’autres conservent la liberté de contourner cet état de fait.

La Géorgie, l’Ukraine et la contrainte stratégique dans un système international désordonné

L’approche de la Géorgie à l’égard de l’Ukraine ne doit pas être perçue comme ambiguë. Il est plus juste de la considérer comme cohérente et façonnée par un environnement régional difficile. Alors que certains États voisins oscillent entre des signaux pro-occidentaux et une dépendance à des infrastructures contrôlées par la Russie, la Géorgie a suivi une stratégie mesurée et cohérente, fondée sur la survie à long terme.

Les responsables géorgiens soulignent régulièrement leur situation sécuritaire non résolue dans les forums internationaux. Lors d’un sommet régional au Turkménistan, auquel assistait Vladimir Poutine, le Premier ministre géorgien a déclaré que la Géorgie soutenait la paix et la coopération régionale. Dans le même temps, il a insisté sur le fait que cette coopération reste limitée par l’occupation continue de territoires géorgiens par la Russie et par les violations persistantes de l’accord de cessez-le-feu de 2008.

Cette position, soutenir l’Ukraine par des mécanismes juridiques et institutionnels tout en affirmant ouvertement l’existence de son propre conflit non résolu, reflète une adaptation à une vulnérabilité structurelle. Elle ne traduit pas une indécision politique.

Depuis des décennies, la Géorgie a pris de véritables risques pour maintenir la région connectée au monde extérieur. Elle a agi comme corridor de transit, espace de dialogue et, lorsque cela était possible, comme médiateur. Ce rôle n’a jamais été facile ni sûr. Il a impliqué des pressions politiques, des risques sécuritaires et des coûts économiques. La même retenue est visible au-delà des infrastructures, notamment dans le domaine de l’éducation. La Géorgie a fait le choix délibéré d’enseigner l’histoire régionale sans créer une nouvelle génération qui perçoit ses voisins avec hostilité. Les programmes scolaires ont été révisés afin d’éviter un langage inflammatoire. Dans certains cas, des actions gênantes de la part d’États voisins sont minimisées plutôt que utilisées pour alimenter le ressentiment.

L’Azerbaïdjan est un partenaire important, en particulier dans le secteur de l’énergie. Toutefois, ce partenariat a été réciproque et non unilatéral. Des projets tels que l’oléoduc Bakou–Tbilissi–Ceyhan et la ligne ferroviaire Bakou–Tbilissi–Kars ne se sont pas réalisés automatiquement. Le rôle de la Géorgie a été essentiel et s’est accompagné de pressions politiques réelles et de conséquences concrètes. Dans ce contexte, les critiques qualifiant les tarifs de transit géorgiens, égaux et fondés sur des règles, d’irrationnels ou d’hostiles sont difficiles à justifier. La prévisibilité et la cohérence sont normalement attendues d’un pays de transit stable.

Dans ce cadre, la visibilité sélective de la solidarité devient problématique. Les actions institutionnelles de la Géorgie attirent souvent peu l’attention. Parallèlement, des acteurs régionaux plus bruyants sont présentés comme des partenaires pragmatiques, même lorsqu’ils approfondissent leur dépendance à des systèmes contrôlés par la Russie ou recourent à des tactiques de pression. Cela fausse l’analyse et crée des incitations inégales. Avec le temps, ces incitations façonnent les comportements.

Ce schéma est également visible dans la diplomatie récente de l’UE. En 2025, Marta Kos s’est rendue en Arménie et en Azerbaïdjan, mais pas en Géorgie. Cette décision a été justifiée par des inquiétudes concernant un recul démocratique. Dans le même temps, la visite incluait l’Azerbaïdjan autoritaire.

Le message était difficile à ignorer : des pays riches en ressources, voire autoritaires, peuvent être perçus comme de meilleurs partenaires que ceux qui prennent des risques sécuritaires pour l’adhésion à l’UE et à l’OTAN. La volonté euro-atlantique claire de la Géorgie s’est heurtée à des pressions et à des agressions qui sont souvent restées sans réponse. Ce schéma est antérieur au gouvernement actuel : il était déjà visible à l’époque de Saakachvili, lorsque la Géorgie a fait face à l’agression russe tout en recevant peu d’aide malgré sa position pro-occidentale. L’hésitation occidentale de l’époque montre que le problème ne tient pas seulement à la politique intérieure ou au recul démocratique, mais à la manière dont les alliés occidentaux évaluent le risque, l’engagement et la vulnérabilité dans un ordre international fragmenté.

Fragmentation du front occidental et faiblesse structurelle de l’UE

Ces évolutions régionales reflètent une fragmentation plus large au sein du camp occidental. La cohésion transatlantique s’est affaiblie, en particulier après le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis en 2025. Son approche transactionnelle des alliances, ainsi que son attitude critique à l’égard de l’OTAN et de l’Union européenne, ont déstabilisé les capitales européennes. Toutefois, ces signaux ne doivent pas être interprétés uniquement comme anti-européens. Ils témoignent d’une prise de conscience croissante à Washington : les États-Unis ne peuvent pas soutenir indéfiniment des engagements sécuritaires sur tous les fronts.

Cette réalité accroît la responsabilité de l’Europe. À mesure que l’engagement américain devient plus sélectif, l’Union européenne doit être en mesure d’agir plus efficacement dans son propre voisinage. Ce défi est souvent masqué par des récits trompeurs, notamment l’affirmation selon laquelle l’UE aurait dépassé la Chine sur le plan économique. De telles comparaisons manquent l’essentiel. L’UE n’est pas un acteur politique unifié, mais une union contrainte par des droits de veto et une autorité fragmentée. La seule taille économique ne se traduit pas automatiquement par une puissance stratégique.

Les règles de l’unanimité permettent même à des politiques cruciales d’être bloquées. Si l’égalité entre les États membres demeure une conquête démocratique, l’indécision persistante est devenue un handicap stratégique. Une coordination renforcée, des mécanismes de décision plus flexibles et des capacités de défense crédibles ne sont plus optionnels. Sans ces éléments, l’UE risque de rester économiquement importante, mais politiquement limitée, dans un environnement international de plus en plus contesté.

Vers un nouvel équilibre en dents de scie

Le désordre international actuel est le résultat cumulatif des hésitations occidentales, d’une solidarité sélective et d’une fragmentation interne, combinées à des stratégies révisionnistes affirmées de la part des puissances autoritaires. De la Géorgie à l’Ukraine, du Haut-Karabakh au Sahel, l’ambiguïté a invité la coercition.

Pourtant, le monde ne sombre pas dans le chaos. Il se reconfigure. Un système multipolaire émerge, défini par des alignements fluides, des partenariats instrumentaux et une application sélective des normes. La question de savoir si cela conduira à un équilibre plus stable dépend largement de la capacité des démocraties occidentales, et de l’Europe en particulier, à surmonter l’hésitation, l’incohérence interne et les distorsions analytiques.

La leçon des dernières années est sans appel : l’hésitation a un coût, elle se mesure en territoires perdus, en vies humaines et en normes brisées.
Un ordre plus résilient demeure possible, mais seulement si la cohérence institutionnelle est reconnue comme une forme de solidarité, et si la clarté stratégique remplace la politique symbolique dans un monde de plus en plus impitoyable.

© Giorgi Germesashvili

Sources:

   1-Western Reliance on Russian Energy (Pre-2022)

European Commission, official data

• European Commission, EU energy supply and dependence on Russia https://energy.ec.europa.eu/topics/energy-security/energysupply-and-dependence_en

International Energy Agency (IEA)

• IEA, How Europe can cut natural gas imports from Russia https://www.iea.org/reports/how-europe-can-cut-naturalgas-imports-from-russia

Reuters (data-driven, non-editorial)

• Reuters, Europe’s reliance on Russian gas before the Ukraine war https://www.reuters.com/world/europe/europesdependence-russian-gas-2022-02-24/

   2-Russia’s Invasion of Georgia (2008) and Ongoing Occupation

European Union Monitoring Mission (EUMM)

• EUMM Georgia, Background on the 2008 war and occupation https://www.eumm.eu/en/about_eumm/background

Council of Europe

• Council of Europe, Human rights violations in Abkhazia and South Ossetia https://www.coe.int/en/web/commissioner/-/georgiaabkhazia-and-south-ossetia

   3-Crimea Annexation and Ukraine (2014 onward)

United Nations General Assembly

• UNGA Resolution 68/262, Territorial Integrity of Ukraine https://documents.un.org/doc/undoc/gen/n14/189/78/pdf/ n1418978.pdf

NATO

• NATO, Russia’s illegal annexation of Crimea https://www.nato.int/cps/en/natohq/topics_50090.htm

   4-Russia’s Ultimatums to NATO (2021)

NATO, official documents

• NATO response to Russian security demands https://www.nato.int/cps/en/natohq/news_191122.htm

U.S. Department of State

• Russian draft treaties and NATO response https://www.state.gov/russian-draft-security-treaties/

   5-Ukraine War Human Cost and Displacement

United Nations High Commissioner for Refugees (UNHCR)

• UNHCR, Ukraine refugee situation https://www.unhcr.org/ukraine-emergency

United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs (OCHA)

• OCHA, Ukraine humanitarian impact https://www.unocha.org/ukraine

Reuters

• Reuters, Casualty and battlefield assessments https://www.reuters.com/world/europe/ukraine-warmilitary-casualties-explained-2024-02-29/

   6-EU Energy Break with Russia (Post-2022)

European Council

• European Council, EU response to Russia’s invasion, energy measures https://www.consilium.europa.eu/en/policies/eu-responseukraine-invasion/energy/

European Commission

• REPowerEU Plan https://commission.europa.eu/strategy-and-policy/ priorities-2019-2024/european-green-deal/repowereu_en

   7-Nagorno-Karabakh 2023 Offensive and Armenian Exodus

United Nations

• UN OHCHR, Human rights situation in NagornoKarabakh https://www.ohchr.org/en/press-releases/2023/09

UNHCR

• UNHCR, Armenians fleeing Nagorno-Karabakh https://www.unhcr.org/news/press-releases/2023/9

Reuters

• Reuters, Azerbaijan offensive and mass displacement https://www.reuters.com/world/asia-pacific/over-100000- armenians-flee-nagorno-karabakh-2023-09-29/

   8-EU–Azerbaijan Gas Deal

European Commission

• EC press release on EU–Azerbaijan energy partnership https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/ ip_22_4550

Reuters

• Reuters, EU signs gas deal with Azerbaijan https://www.reuters.com/business/energy/eu-signs-dealwith-azerbaijan-double-gas-imports-by-2027-2022-07-18/

   9-Georgia’s Institutional Support for Ukraine

Government of Georgia

• Official statements on Ukraine https://www.gov.ge/index.php?lang_id=ENG&sec_id=589

Ministry of Foreign Affairs of Georgia

• MFA statements on Russian aggression https://mfa.gov.ge/en/statements

   10-Armenia’s Western Outreach and Renewed Russia Engagement (2025)

European Council

• EU–Armenia meetings and strategic agenda https://www.consilium.europa.eu/en/press/press-releases/

Reuters

• Reuters, Pashinyan meets Putin amid Western outreach https://www.reuters.com/world/armenia-russiarelations-2025/

   11-Azerbaijan’s Reaction to EU–Armenia Alignment

Reuters

• Reuters, Azerbaijan protests EU–Armenia agreements https://www.reuters.com/world/azerbaijan-eu-armeniarelations-2025/

   12-Transatlantic Rift and Trump 2025 Context

Reuters

• Reuters, Trump’s stance on NATO and Europe https://www.reuters.com/world/us/trump-natoeurope-2025/

Defense One

• Defense One reporting on U.S. strategic debates https://www.defenseone.com/

   13-Multiplex World Theory

Amitav Acharya (Oxford University Press)

• Acharya, The End of American World Order https://global.oup.com/academic/product/the-end-ofamerican-world-order-9781509507249

Brookings Institution

• Brookings, Multipolarity and global disorder https://www.brookings.edu/articles/the- emergingmultipolar-world/

 

Article en anglais:

The Current International Disorder: Western Hesitation and Global Power Shifts Western

Hesitation from Georgia to Ukraine

In the aftermath of the Cold War, many assumed a stable U.S.-led international order would endure. Yet today we see a world in disarray, marked by war in Europe and the rise of competing powers. Prominent scholars observe that while the Western-led system is eroding, a new “multiplex” order is emerging, led increasingly by Asia and the Global South. Fears of a complete collapse of world order have grown, especially as the United States retreats from its former leadership role. Even so, this transition has been unfolding for years, not solely caused by recent events, but accelerated by them. A key factor has been the hesitation and indecision of Western powers in the face of authoritarian aggression, which has emboldened rivals and undermined the principles of the post-Cold War era.

One clear example is Russia’s long-standing challenge to the post-Soviet order. In 2008, Russia invaded Georgia, seizing the regions of Abkhazia and the so-called South Ossetia. Western responses were largely limited to diplomatic protests, and no robust action was taken to reverse the invasion. To this day, Russia occupies approximately 20 percent of Georgia’s territory in blatant violation of international law. The lack of a decisive Western pushback in Georgia sent a dangerous signal. It was reinforced in 2014 when Russia annexed Crimea from Ukraine and fomented war in Eastern Ukraine. These moves were met by sanctions, but also by continued European reliance on Russian trade and energy.

From 2018 to 2021, Russia’s share of EU gas demand had risen to over 40 percent, up from 26 percent in 2010. By 2021, Russia supplied roughly 45 percent of Europe’s imported gas and over a quarter of its oil. Such dependence made key European states cautious in confronting Moscow even after clear provocations. Russian influence networks actively worked to deepen this dependency. The German Russian Forum promoted Nord Stream and opposed diversification, while Kremlin-linked actors framed pipeline projects as “dialogue.” Europe’s economic entanglement with Russia blunted political resolve precisely when deterrence mattered most.

Western hesitation culminated in 2021 and 2022. Even as Russia massed troops around Ukraine, Moscow issued maximalist ultimatums demanding NATO retreat to its 1990s posture and a veto over future enlargement. These demands revealed how emboldened the Kremlin had become. When full-scale war erupted in February 2022, the consequences of earlier indecision became tragically clear. Western support arrived only after the invasion, not before it. Deterrence delayed proved deterrence denied.

War in Europe and the Price of Delay

The Russian invasion of Ukraine shattered Europe’s peace and produced the largest armed conflict on the continent since World War II. By late 2025, Western intelligence estimates suggested nearly one million casualties on both sides, including around 240,000 soldiers killed in action. Civilian suffering has been immense. Over 10.6 million Ukrainians have been displaced, amounting to roughly one quarter of the country’s pre-war population. As of December 2025, Russian forces still occupied approximately 19 percent of Ukraine’s territory.

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Share of occupied Ukrainian territory and comparison with French territory (source: France Info).

Each month of delay in cutting off Russian revenues translates directly into continued destruction. Analysts warned that every month of European hesitation meant more missiles hitting Ukrainian cities. Ukraine’s economy has contracted by more than 20 percent since 2022, its infrastructure devastated, and millions of lives permanently altered. Western responses since 2022 have been substantial but reactive. By 2024, Russian gas imports to the EU fell sharply, and oil imports were reduced to marginal levels. NATO reinforced its eastern flank and accelerated enlargement.

Yet these steps came only after irreversible facts had been created on the ground. Support delivered late cannot undo the consequences of years of indecision. The price of hesitation is visible in destroyed cities and lost generations.

The Caucasus and Beyond: Power Vacuums, Connectivity, and Opportunism

Western hesitation has also reshaped Europe’s periphery, particularly the South Caucasus, where connectivity, infrastructure, and peace narratives function as instruments of power rather than neutral goods.

Armenia’s recent trajectory is instructive. Throughout 2025, Prime Minister Nikol Pashinyan visibly pursued Western engagement, travelling to Brussels for high-level meetings with EU leadership in July and visiting the United States in September in connection with the UN General Assembly. Yet this outreach did not prevent a rapid re-centring toward Moscow. On December 22, 2025, Pashinyan met Vladimir Putin in St. Petersburg.

More revealing than diplomatic choreography was Armenia’s explicit willingness to reintegrate into Russian-controlled infrastructure systems. In December, Pashinyan publicly called on Russia to urgently restore disused railway segments connecting Armenia to Azerbaijan’s Nakhchivan exclave and to the Turkish border, including the Yeraskh and Akhurik sections. These discussions took place directly in the context of his visit to Russia.

The geopolitical meaning is clear. At the very moment Armenia seeks deeper EU and U.S. engagement, it signals readiness to activate routes that would bypass Georgia and reduce the practical value of Georgia’s corridor role. This is not merely a commercial decision. In the South Caucasus, connectivity determines leverage, and leverage determines behaviour.

Azerbaijan’s approach reinforces this instrumental logic. Baku increasingly treats external partnerships and transit arrangements as tools of pressure rather than as shared regional assets. After Armenia and the EU adopted a new strategic agenda in Brussels on December 2, 2025, Azerbaijan’s Foreign Ministry publicly objected, calling parts of the document “harmful” and demanding changes. Armenia rejected these claims. Regardless of competing narratives, the broader pattern is evident: a bilateral EU–Armenia document was framed as something that required Azerbaijani consent in the name of “regional peace.”

This mirrors earlier transit and tariff disputes, where technical issues are rapidly politicised, amplified through aligned media, and framed as tests of loyalty to stability. Georgia’s restraint is treated as an expectation, while others retain freedom to escalate or bypass.

Georgia, Ukraine, and strategic constraint in a disordered international system

Georgia’s approach to Ukraine should not be seen as ambiguous. It is more accurate to see it as consistent and shaped by a difficult regional environment. While some neighbouring states shift between pro-Western signals and dependence on Russian-controlled infrastructure, Georgia has followed a restrained and coherent strategy based on long-term survival.

Georgian officials regularly underline their unresolved security situation in international forums. At a regional summit in Turkmenistan, attended by Vladimir Putin, the Georgian prime minister stated that Georgia supports peace and regional cooperation. At the same time, he stressed that such cooperation is limited by Russia’s continued occupation of Georgian territory and by ongoing violations of the 2008 ceasefire agreement.

This position, supporting Ukraine through legal and institutional mechanisms while openly stating Georgia’s own unresolved conflict, reflects adaptation to structural vulnerability. It does not reflect political indecision.

For decades, Georgia has taken real risks to keep the region connected to the outside world. It has acted as a transit corridor, a space for dialogue, and, when possible, a mediator. This role has never been easy or safe. It has involved political pressure, security risks, and economic costs. The same restraint is visible beyond infrastructure, including in education. Georgia has made a conscious choice to teach regional history without creating a new generation that views its neighbours with hostility. School curricula have been revised to avoid inflammatory language. In some cases, uncomfortable actions by neighbouring states are downplayed rather than used to fuel resentment.

Azerbaijan is an important partner, especially in the energy sector. However, this partnership has been mutual, not one-sided. Projects such as the Baku–Tbilisi–Ceyhan pipeline and the Baku–Tbilisi–Kars railway did not happen automatically. Georgia’s role was essential and came with real political pressure and consequences. Against this background, criticism of Georgia’s equal and rules-based transit tariffs as irrational or hostile is difficult to justify. Predictability and consistency are normally expected from a stable transit country.

In this setting, selective visibility of solidarity becomes a problem. Georgia’s institutional actions often attract little attention. At the same time, louder regional actors are presented as pragmatic partners, even when they deepen dependence on Russian-controlled systems or rely on pressure tactics. This distorts analysis and creates uneven incentives. Over time, those incentives shape behaviour.

This pattern is also visible in recent EU diplomacy. In 2025, Marta Kos visited Armenia and Azerbaijan but did not travel to Georgia. The decision was explained by concerns over democratic backsliding. At the same time, the visit included authoritarian Azerbaijan.

The message was hard to ignore, indicating that resource–rich or even authoritarian countries can be seen as better partners than those taking security risks for EU and NATO membership. Georgia’s clear Euro-Atlantic push has faced pressure and aggression, which often went unanswered. This pattern predates the current government, visible during Saakashvili’s time when Georgia faced Russian aggression but received little help despite its pro-Western stance. Western hesitation then shows the issue isn’t just domestic politics or democratic backsliding but how Western allies value risk, commitment, and vulnerability within a fragmented order.

Fracturing of the Western Front and the EU’s Structural Weakness

These regional developments reflect a wider fragmentation within the Western camp. Transatlantic cohesion has weakened, particularly after Donald Trump’s return to the U.S. presidency in 2025. His transactional approach to alliances and critical stance toward NATO and the EU unsettled European capitals. These signals, however, should not be read simply as anti-European. They point to a growing recognition in Washington that the United States cannot sustain security commitments on every front indefinitely.

This reality places greater responsibility on Europe. As U.S. engagement becomes more selective, the European Union must be able to act more effectively in its own neighbourhood. That challenge is often obscured by misleading narratives, including claims that the EU has overtaken China economically. Such comparisons miss the core issue. The EU is not a unified political actor, but a union constrained by vetoes and fragmented authority. Economic size alone does not translate into strategic power.

Unanimity rules allow even critical policies to stall. While equality among member states remains a democratic achievement, persistent indecision has become a strategic liability. Stronger coordination, more flexible decision-making, and credible defence capabilities are no longer optional. Without them, the EU risks remaining economically significant but politically constrained in an increasingly contested international environment.

Towards a New Disordered Equilibrium

The current international disorder is the cumulative result of Western hesitation, selective solidarity, and internal fragmentation, combined with assertive revisionist strategies by authoritarian powers. From Georgia to Ukraine, from Nagorno-Karabakh to the Sahel, ambiguity has invited coercion.

Yet the world is not collapsing into chaos. It is reconfiguring. A multiplex system is emerging, one defined by fluid alignments, instrumental partnerships, and selective norm enforcement. Whether this produces a more stable equilibrium depends largely on whether Western democracies, and Europe in particular, can overcome hesitation, internal incoherence, and analytical distortions.

The lesson of recent years is stark. Hesitation has a cost measured in territory, lives, and broken norms.

A more resilient order remains possible, but only if institutional consistency is recognised as solidarity, and if strategic clarity replaces symbolic politics in an increasingly unforgiving world. 

© Giorgi Germesashvili 

Sources:

 1-Western Reliance on Russian Energy (Pre-2022)

European Commission, official data

• European Commission, EU energy supply and dependence on Russia https://energy.ec.europa.eu/topics/energy-security/energysupply-and-dependence_en

International Energy Agency (IEA)

• IEA, How Europe can cut natural gas imports from Russia https://www.iea.org/reports/how-europe-can-cut-naturalgas-imports-from-russia

Reuters (data-driven, non-editorial)

• Reuters, Europe’s reliance on Russian gas before the Ukraine war https://www.reuters.com/world/europe/europesdependence-russian-gas-2022-02-24/

   2-Russia’s Invasion of Georgia (2008) and Ongoing Occupation

European Union Monitoring Mission (EUMM)

• EUMM Georgia, Background on the 2008 war and occupation https://www.eumm.eu/en/about_eumm/background

Council of Europe

• Council of Europe, Human rights violations in Abkhazia and South Ossetia https://www.coe.int/en/web/commissioner/-/georgiaabkhazia-and-south-ossetia

   3-Crimea Annexation and Ukraine (2014 onward)

United Nations General Assembly

• UNGA Resolution 68/262, Territorial Integrity of Ukraine https://documents.un.org/doc/undoc/gen/n14/189/78/pdf/ n1418978.pdf

NATO

• NATO, Russia’s illegal annexation of Crimea https://www.nato.int/cps/en/natohq/topics_50090.htm

   4-Russia’s Ultimatums to NATO (2021)

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• NATO response to Russian security demands https://www.nato.int/cps/en/natohq/news_191122.htm

U.S. Department of State

• Russian draft treaties and NATO response https://www.state.gov/russian-draft-security-treaties/

   5-Ukraine War Human Cost and Displacement

United Nations High Commissioner for Refugees (UNHCR)

• UNHCR, Ukraine refugee situation https://www.unhcr.org/ukraine-emergency

United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs (OCHA)

• OCHA, Ukraine humanitarian impact https://www.unocha.org/ukraine

Reuters

• Reuters, Casualty and battlefield assessments https://www.reuters.com/world/europe/ukraine-warmilitary-casualties-explained-2024-02-29/

   6-EU Energy Break with Russia (Post-2022)

European Council

• European Council, EU response to Russia’s invasion, energy measures https://www.consilium.europa.eu/en/policies/eu-responseukraine-invasion/energy/

European Commission

• REPowerEU Plan https://commission.europa.eu/strategy-and-policy/ priorities-2019-2024/european-green-deal/repowereu_en

   7-Nagorno-Karabakh 2023 Offensive and Armenian Exodus

United Nations

• UN OHCHR, Human rights situation in NagornoKarabakh https://www.ohchr.org/en/press-releases/2023/09

UNHCR

• UNHCR, Armenians fleeing Nagorno-Karabakh https://www.unhcr.org/news/press-releases/2023/9

Reuters

• Reuters, Azerbaijan offensive and mass displacement https://www.reuters.com/world/asia-pacific/over-100000- armenians-flee-nagorno-karabakh-2023-09-29/

   8-EU–Azerbaijan Gas Deal

European Commission

• EC press release on EU–Azerbaijan energy partnership https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/ ip_22_4550

Reuters

• Reuters, EU signs gas deal with Azerbaijan https://www.reuters.com/business/energy/eu-signs-dealwith-azerbaijan-double-gas-imports-by-2027-2022-07-18/

   9-Georgia’s Institutional Support for Ukraine

Government of Georgia

• Official statements on Ukraine https://www.gov.ge/index.php?lang_id=ENG&sec_id=589

Ministry of Foreign Affairs of Georgia

• MFA statements on Russian aggression https://mfa.gov.ge/en/statements

   10-Armenia’s Western Outreach and Renewed Russia Engagement (2025)

European Council

• EU–Armenia meetings and strategic agenda https://www.consilium.europa.eu/en/press/press-releases/

Reuters

• Reuters, Pashinyan meets Putin amid Western outreach https://www.reuters.com/world/armenia-russiarelations-2025/

   11-Azerbaijan’s Reaction to EU–Armenia Alignment

Reuters

• Reuters, Azerbaijan protests EU–Armenia agreements https://www.reuters.com/world/azerbaijan-eu-armeniarelations-2025/

   12-Transatlantic Rift and Trump 2025 Context

Reuters

• Reuters, Trump’s stance on NATO and Europe https://www.reuters.com/world/us/trump-natoeurope-2025/

Defense One

• Defense One reporting on U.S. strategic debates https://www.defenseone.com/

   13-Multiplex World Theory

Amitav Acharya (Oxford University Press)

• Acharya, The End of American World Order https://global.oup.com/academic/product/the-end-ofamerican-world-order-9781509507249

Brookings Institution

• Brookings, Multipolarity and global disorder https://www.brookings.edu/articles/the- emergingmultipolar-world/

© Giorgi Germesashvili