Pendant des années, la Géorgie a été un phare d’espoir, non seulement dans le Caucase du Sud, mais également à travers l’Europe de l’Est. La Géorgie symbolise le triomphe des valeurs démocratiques[1] dans une région marquée par l’instabilité politique et l’influence autoritaire des pays frontaliers [2][3]. Pourtant, des événements récents ont assombri cet héritage, menaçant d’annuler des décennies de progrès.
Le 14 décembre 2024, un parlement illégitime, contrôlé par le parti au pouvoir Rêve géorgien (RG), a élu Mikheil Kavelashvili[4] comme prétendu nouveau président de la Géorgie. Ce processus, auquel seuls les représentants du RG ont participé, a été largement dénoncé comme une mascarade, approfondissant la crise politique du pays. En contraste marqué, Salomé Zourabichvili demeure la seule présidente légitime de la Géorgie, représentant la volonté populaire et défendant les principes démocratiques. Son mandat restera valide jusqu’à ce qu’un nouveau parlement, démocratiquement élu, remplace l’actuel gouvernement et désigne un nouveau leader.
Dans un geste symbolique visant à éviter une escalade des tensions, Zourabichvili a quitté le palais présidentiel, établissant un nouveau bureau présidentiel[5]. Cette action décisive reflète son engagement envers l’apaisement, tout en continuant d’assumer ses fonctions de présidente légitime. Pour de nombreux Géorgiens, Zourabichvili incarne la résistance contre un régime autoritaire et l’espoir d’un retour à une gouvernance démocratique.
Protestations face à la répression
La crise politique a déclenché des manifestations massives à travers le pays[6]. Les manifestants, journalistes et figures de l’opposition ont été la cible d’attaques organisées, de détentions arbitraires et même d’agressions physiques, le régime ayant recours à des tactiques de plus en plus répressives. Malgré cela, le peuple géorgien reste déterminé.
Le 15 janvier 2025, marquant le 49ᵉ jour de manifestations continues, plus de 150 entreprises et organisations, y compris des écoles, ont rejoint une grève nationale[7]. Des milliers d’employés ont participé à un arrêt de travail de trois heures pour protester contre les actions du régime et réclamer de nouvelles élections. Cette démonstration collective de défi reflète l’esprit inébranlable des Géorgiens, déterminés à défendre leurs idéaux démocratiques.
Le virage de l’Arménie vers l’Ouest
Alors que la Géorgie lutte avec sa crise interne, l’Arménie voisine connaît une transformation géopolitique significative. Le 14 janvier 2025, l’Arménie et les États-Unis ont signé un accord de partenariat stratégique[8], indiquant la volonté d’Erevan, la capitale de l’Arménie, de renforcer ses liens avec l’Ouest. Simultanément, l’Arménie a entamé des discussions formelles sur son intégration à l’Union européenne, marquant un tournant décisif dans sa politique étrangère.
Ce pivot pro-occidental intervient dans un contexte de menaces croissantes de l’Azerbaïdjan[9]. Le régime du président Ilham Aliyev a émis des avertissements quotidiens à l’encontre de l’Arménie, exacerbant les tensions régionales. Malgré ces défis, les dirigeants arméniens ont choisi d’embrasser une voie alignée sur les valeurs occidentales, s’éloignant de leur dépendance traditionnelle envers la Russie.
Des implications profondes pour la Géorgie
Les conséquences pour la Géorgie sont considérables. À mesure que l’Arménie s’éloigne de la sphère d’influence du Kremlin, l’intérêt stratégique pour Vladimir Poutine de contrôler la Géorgie s’intensifiera. Si la Géorgie tombe sous la domination de celui-ci, l’ensemble du Caucase du Sud pourrait être placé fermement sous son contrôle, sapant les traités ou partenariats que l’Arménie, ou d’autres pays, forment avec l’Occident.
Le réveil géorgien replace Tbilissi au centre de l’échiquier géopolitique
Le combat pour la démocratie en Géorgie a des répercussions importantes non seulement pour sa région immédiate, mais aussi pour l’Europe de l’Est dans son ensemble[10]. Depuis longtemps, la Géorgie est perçue comme un modèle de transformation démocratique, inspirant des mouvements réformistes au-delà de ses frontières. Sa dérive vers l’autoritarisme enverrait des ondes de choc à travers l’Europe de l’Est, encourageant les régimes autocratiques et sapant les aspirations démocratiques des États voisins.
Les enjeux géopolitiques sont tout aussi élevés. Avec l’Arménie cherchant à se rapprocher de l’Ouest, le rôle de la Géorgie comme tampon contre l’expansionnisme de Vladimir Poutine devient encore plus crucial. Le contrôle du Kremlin sur la Géorgie lui permettrait de faire pression sur l’Arménie, et de neutraliser efficacement l’influence occidentale dans la région.
Le rôle de la communauté internationale
La réponse internationale à la crise géorgienne a été mitigée. Si les alliés occidentaux ont exprimé leur préoccupation, leurs actions manquent souvent du soutien décisif nécessaire pour contrer l’empiètement autoritaire. Une exception notable est le député américain Joe Wilson, qui a récemment réintroduit le MEGOBARI Act au Congrès[11]. Cette législation vise à renforcer les institutions démocratiques géorgiennes et à réduire l’influence du Kremlin.
L’invitation de Salome Zurabishvili à assister à l’investiture du président élu des États-Unis[12], Donald Trump, souligne davantage la reconnaissance internationale de sa légitimité continue. Sa visite à Washington représente une opportunité cruciale pour mobiliser le soutien en faveur de l’avenir démocratique de la Géorgie.
L’avenir de la Géorgie
Le sort de la Géorgie est en jeu. Le courage de son peuple, les actions de ses dirigeants et l’engagement de ses alliés occidentaux détermineront si le pays peut retrouver son rôle de pionnier démocratique dans le Caucase du Sud et en Europe de l’Est.
Les enjeux sont trop importants pour être ignorés. Si la Géorgie sombre davantage dans l’autoritarisme, les conséquences se feront sentir bien au-delà de ses frontières, encourageant les régimes autocratiques et redéfinissant les dynamiques géopolitiques de la région.
La résilience du peuple géorgien offre néanmoins un espoir. Par leurs manifestations, grèves et détermination inébranlable, ils rappellent au monde que la lutte pour la démocratie est universelle et, qu’en dépit de l’oppression, la lumière de la liberté ne peut être éteinte.
Giorgi Germesashvili
- https://www.nato.int/cps/fr/natohq/topics_38988.htm ↑
- https://www.ifri.org/fr/notes/georgie-un-autre-front-de-la-russie ↑
- https://shs.cairn.info/revue-outre-terre1-2007-2-page-283?lang=fr ↑
- https://fr.euronews.com/my-europe/2024/12/14/qui-est-mikheil-kavelashvili-le-nouveau-president-de-la-georgie ↑
- https://information.tv5monde.com/international/georgie-pourquoi-la-presidente-sortante-pro-ue-zourabichvili-sestime-la-seule ↑
- https://fr.euronews.com/my-europe/2025/01/01/en-georgie-manifestation-monstre-la-nuit-du-reveillon ↑
- https://www.lemonde.fr/international/article/2025/01/15/georgie-un-ancien-premier-ministre-agresse-son-parti-accuse-le-gouvernement_6500221_3210.html ↑
- https://www.civilnet.am/fr/news/812374/larmenie-et-les-etats-unis-signent-une-charte-de-partenariat-strategique-historique/ ↑
- https://www.armenews.com/le-chef-de-la-defense-armenienne-espere-une-paix-regionale/ ↑
- https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/georgie/reportage-on-est-des-peuples-jumeaux-les-ukrainiens-suivent-de-pres-les-protestations-des-georgiens-contre-leur-gouvernement-pro-russe_6955274.html ↑
- https://www.interpressnews.ge/en/article/136633-joe-wilson-today-we-reintroduced-the-megobari-act-it-is-our-first-priority-to-ensure-the-georgian-nightmare-comes-to-an-end/ ↑
- https://www.lagazetteaz.fr/news/caucase/19047.html ↑