Depuis plusieurs semaines, et avant même l’investiture de Trump, l’homme qui occupe désormais parmi les plus hautes fonctions, dans l’administration américaine, s’est fait remarquer sur la scène européenne pour ses nombreux soutiens à l’extrême droite.
Malgré les discours d’alerte de part et d’autre, comme ceux de l’ancien commissaire européen Thierry Breton[1] (à l’initiative du Digital Services Act), l’homme d’affaires continue ses ingérences politiques, tout particulièrement vis-à-vis de Berlin.
À l’heure où les élections fédérales allemandes, qui se tiendront le 23 février 2025, approchent, Elon Musk multiplie sa participation dans la campagne du parti de l’AfD avec Alice Weidel[2]… au point où beaucoup craignent une campagne Make Europe Great Again qui reprendrait l’idéologie trumpiste.
Musk en indélicatesse avec le Digital Services Act
En tant que fervent soutien de l’extrême droite en Europe, il ne s’agit pas de la première ingérence de l’entrepreneur, qui a déjà soutenu tour à tour de nombreuses formations politiques européennes. Il y a quelques jours, sa venue à Madrid[3] pour un rassemblement initié par le parti espagnol Vox n’est pas passée inaperçue. À travers ses échanges avec des figures comme la députée Marine Le Pen, le premier ministre hongrois Viktor Orbán, le leader italien populiste Matteo Salvini, proche de Giorgia Meloni… il ne cache plus sa volonté de plus en plus croissante de développer l’influence de son courant politique. Beaucoup le considèrent donc comme le parrain de l’extrême droite en diffusant un modèle aux idées ultralibérales teintées de xénophobie. Tel un oligarque, il développe ses ancrages au cœur des institutions en se liant, par exemple, au groupe Patriotes du Parlement européen.
Cependant, il serait faux de croire qu’il s’agit d’un soutien désintéressé, car derrière ses apparitions aux côtés de la candidate Alice Weidel, Elon Musk souhaite véritablement influencer l’Union européenne en faveur de ses idées et surtout de ses intérêts. Leader de la tech, de nombreux analystes disent qu’il est depuis plusieurs années en guerre avec les réglementations européennes, principalement sur le droit à la concurrence, la régulation ou la protection des données sur les réseaux sociaux, qui compliquent sa stratégie en tant que CEO d’X, ex-Twitter. L’homme le plus riche du monde, qui occupe des fonctions au cœur de la première puissance mondiale, est, selon le chroniqueur et avocat Étienne Papin[4], révélateur de son bras de fer avec la Commission européenne[5] et Ursula von der Leyen concernant le Digital Services Act.
Considérant qu’il défend la cause de la liberté et la lutte contre un monopole de la régulation et du contrôle des plateformes (qui serait alors celui de la Commission européenne), il souhaite donc qu’X ne soit pas impacté par les politiques de régulation. En effet, les contenus considérés comme illicites par le DSA empêcheraient X de continuer à être ce que Musk considère comme une plateforme où il est possible de débattre librement… conviction de ce dernier qui s’illustre par une absence de régulation vis-à-vis d’appels à la haine contre des dirigeants comme le Premier ministre britannique Keir Starmer, de misogynie, d’homophobie…
Une victoire d’Alice Weidel, qui deviendrait alors chancelière allemande, pourrait conforter Elon Musk dans ses ambitions, dans un contexte de forte présence de l’extrême droite. Ce soutien à Alternative für Deutschland prendrait alors différentes formes.
Les différentes formes de l’ingérence et la réponse du gouvernement allemand
Elon Musk utilise tout d’abord sa propre personne, qui est devenue une référence pour la droite populiste européenne et internationale, en participant à distance aux meetings de la candidate. Il a ainsi déclaré qu’il était très enthousiaste pour l’Allemagne et qu’il était convaincu que le meilleur espoir pour le pays était incarné par Weidel ; il a aussi appuyé son argumentaire autour des idées de la candidate : la préservation des valeurs allemandes contre le multiculturalisme, la fin de la culpabilité des Allemands par rapport au IIIe Reich…
Il communique également son soutien assez régulièrement sur le réseau social X, en annonçant justement en décembre de l’année précédente que l’AfD était le seul parti pouvant sauver l’Allemagne. Cependant, cela alerte profondément la communauté internationale, qui n’hésite plus à dénoncer ce qui correspond désormais à des ingérences politiques.
Le chancelier allemand Olaf Scholz[6], qui était victime des attaques personnelles d’Elon Musk à travers X (comme cela avait été le cas vis-à-vis du travailliste Keir Starmer), s’est inquiété d’une telle implication d’un milliardaire américain dans les élections d’un pays extérieur (l’Allemagne). Le chancelier a aussi ajouté que cela faisait partie de la stratégie du milliardaire, qui développe en parallèle des liens avec des États comme la Hongrie. L’écologiste Robert Habeck[7], le ministre de l’économie, a aussi publiquement partagé le point de vue du chancelier en incitant Musk à ne pas toucher à la démocratie allemande.
Ce dernier a effectivement qualifié les méthodes de Musk, à travers le contrôle de l’information (et l’utilisation massive de la désinformation), comme une attaque frontale contre la démocratie. Une partie de la population allemande se dit enfin profondément alertée par la situation. Les dizaines de milliers de personnes se rassemblant depuis fin janvier dans toute l’Allemagne, pour manifester contre l’AfD, n’ont pas manqué de dénoncer cette ingérence de celui qui occupe désormais des fonctions dans l’administration Trump.
Dans quelques jours, les élections se tiendront donc en Allemagne : le dimanche 23 février. Début janvier, la plupart des sondages d’opinion[8] montraient un taux d’opinions favorables, aux alentours de 20 %, en faveur de la candidate d’extrême droite, pourcentage qui ne fait qu’augmenter à mesure que l’échéance se rapproche. Si Alice Weidel gagne, il sera alors possible qu’Elon Musk puisse transformer l’Europe en une alliance des droites populistes, partageant ses intérêts mais aussi ses dérives…
Paco de la Pena
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- https://www.rfi.fr/fr/%C3%A9conomie/20240916-thierry-breton-p%C3%A8re-de-la-premi%C3%A8re-r%C3%A9glementation-europ%C3%A9enne-du-num%C3%A9rique ↑
- https://www.humanite.fr/monde/allemagne/adolf-hitler-etait-communiste-elon-musk-et-alice-weidel-prets-a-tout-pour-que-lextreme-droite-allemande-arrive-au-pouvoir ↑
- https://www.touteleurope.eu/l-ue-dans-le-monde/make-europe-great-again-l-extreme-droite-europeenne-reunie-autour-d-elon-musk-a-madrid/ ↑
- https://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-elon-musk-contre-l-union-europeenne-qui-va-doit-gagner-selon-le-digital-services-act-95702.html ↑
- https://www.usine-digitale.fr/article/dsa-x-dans-le-viseur-de-l-ue-pour-sa-promotion-de-l-extreme-droite.N2225958 ↑
- https://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/election-en-allemagne-scholz-critique-l-ingerence-d-elon-musk-et-de-washington-1018426.html ↑
- https://www.touteleurope.eu/vie-politique-des-etats-membres/elections-federales-allemandes-tout-ce-qu-il-faut-savoir-sur-le-scrutin/ ↑
- https://legrandcontinent.eu/fr/2025/01/13/elections-allemandes-lafd-sapproche-de-son-pic-historique-dans-les-sondages/ ↑