Sommet pour la démocratie et les libertés du 24 mars à Paris : Comment l’Europe s’organise pour faire face aux régimes autocratiques qui émergent dans le monde ?

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Lors du sommet pour la démocratie qui a eu lieu le 24 mars 2025 à Paris, Gabriel Attal ainsi que la présidente du groupe Renew Europe au Parlement européen, Valérie Hayer, ont convié l’ensemble des élus centristes des États membres afin de déterminer un plan d’action et de sauvegarde de nos démocraties.

Face aux différents périls autocratiques qui émergent dans le monde, cet événement a été l’occasion pour les responsables politiques de réaffirmer leur soutien à l’Ukraine ainsi que leur unité sur un projet commun.

De cet échange qui marque une scission avec la précédente politique internationale de l’UE, et que Trump est venu bousculer en même temps qu’il a remis en question les conditions de l’alliance transatlantique, a émergé un plan opérationnel qui se présente en six points importants.

Contexte

Le sommet du 24 mars 2025 à Paris fait écho à celui du 7 novembre 2024 à Budapest. Déjà, les pays membres avaient acté leur volonté de s’écarter des États-Unis. Cette prise de distance était due à un manque de certitude quant à l’action de la future administration américaine.

Le fruit n’était manifestement pas encore mûr étant donné qu’il a fallu attendre un retournement de situation concernant l’Ukraine, de la part de Washington, pour que les démocraties adoptent désormais un narratif ferme quant à la protection des frontières, des libertés ainsi que de la souveraineté des peuples européens.

Cet électrochoc, comparable à un spasme qui parcourt le corps, a, d’une certaine manière, été bénéfique. Il a renforcé l’entente entre les 27, exception faite de la Hongrie et de la Slovaquie, qui cèdent de plus en plus aux sirènes de Moscou.

Le spectre de l’obscurantisme se divise désormais en plusieurs tons, entre d’un côté le chef du Kremlin qui utilise une stratégie dilatoire concernant la signature d’un cessez-le-feu temporaire, afin de continuer ses frappes sur les civils et les centres commerciaux ukrainiens, et de l’autre, un locataire de la Maison-Blanche qui place l’agresseur comme victime et inversement, allant même jusqu’à accuser le président Zelensky d’être le protagoniste d’une future guerre mondiale.

Devant la prise de conscience, certains disent tardive, du danger que font peser pour l’Europe ces politiques qui bafouent le droit international, en utilisant la force plutôt que la diplomatie, les responsables politiques européens ont proposé un plan d’action et de sauvegarde des démocraties et des libertés.

Celui-ci se divise en 6 grands chantiers dont le but est de restaurer le multilatéralisme entre les États et de stimuler la croissance économique à l’intérieur de la zone euro.

Présentation du plan du 24 mars 2025 fait à Paris

Il ressort de ce sommet que la situation actuelle, dans les 167 pays que compte le monde, est délicate : 45 % sont des démocraties, tandis que 55 % arborent un système autoritaire ou semi-autoritaire.

Face à cette “internationale réactionnaire”, qualificatif qui fera date, les États membres ont convenu de mettre en place une feuille de route afin de faire progresser les idées démocratiques, ainsi que les droits de l’Homme. Les pays présents au sommet ont d’ailleurs prévu de faire un premier bilan en juin 2025.

La paix est un autre élément important ; elle passe par la garantie de la souveraineté des peuples, du Groenland à l’Ukraine, mais également par un discours ferme qui nécessite, pour être crédible, une véritable force de défense européenne.

Les États-Unis, en refusant d’être “l’arsenal de la démocratie”, comme le voulait Roosevelt en 1940, ont donné à l’UE l’occasion de reprendre la main. Une part minimum de 3 % du budget de chaque État membre sera accordée à la défense. Le réarmement se fera par le biais d’une politique industrielle d’achat et de production dans la zone Europe. La France possède la dissuasion nucléaire et se dit prête à l’élargir, sous conditions, à d’autres pays européens.

La défense de l’Ukraine, bouclier pour nos démocraties, intègre l’utilisation des avoirs russes gelés, ce qui implique d’explorer tous les mécanismes permettant d’en tirer profit. Pourquoi pas ponctionner les intérêts issus de ces derniers ? L’intégration accélérée à l’UE de Kiev, ainsi qu’à son Parlement dès l’année prochaine, est un autre point important.

Fort de cette feuille de route, qui a vocation à se traduire dans le réel, le sommet du 24 mars 2025 a posé une pierre importante dans l’édifice de la nouvelle architecture de défense européenne.

Gaspard Rambel