František Kupka, peintre des origines et du cosmique.

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Image de l’article : Étude pour Disques de Newton. Étude pour Fugue à deux couleurs (1911 – 1912) ; Dimensions : 32,6 x 25,4 cm ; Lieu de conservation : Philadelphia Museum of Art.

Un homme atypique, un esprit libre, inspiré, envoûtant, où s’infuse dans l’œuvre une sorte de genèse du monde, des naissances jaillissantes, un tout fascinant. Alors apparaît sur la toile, un mouvement, un motif inédit, une genèse. Un élancement qui semble percer l’immuable ; l’immobilité du présent où réside le spectateur. Y figurent le sang qui parcourt les veines, les énergies et les flux invisibles qui traversent l’univers, les trépidations de la Terre et de la matière en fusion, en expansion… Épousailles cosmiques, mystiques, on semble prêt à basculer dans l’ineffable et à toucher du doigt l’invisible. Portrait du plus philosophe des peintres du XXe siècle.

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Printemps cosmique, 1913-1914.

František Kupka est l’un des pères de l’abstraction au même rang que Kandinsky, Severini, Mondrian, Malevitch, Herbin ou Delaunay, pour ne citer qu’eux.

L’homme est visionnaire, épris de vie spirituelle. Il vise la perfection dans l’expression des ressentis et des intuitions humaines. Étrangement, l’histoire de l’art le cite très peu en regard de son talent et de sa dynamique idéo-artistique. À l’heure où l’art devient réflexion, sinon philosophie, sa peinture est marquée d’un besoin insatiable de rendre compte d’une nouvelle façon de montrer le réel, qu’il difracte et pour ainsi dire, atomise. Cet iconoclaste enfourche à la fois la selle de l’expressionnisme, du figuratif de l’abstrait et de l’idéisme symbolique (presque un oxymore) sans oublier une pointe de surréalisme. Aucune case ne correspond à son génie.

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Jaillissement II, 1923.

Ses déceptions à l’égard des hommes et de l’Histoire déboucheront sur une vraie lutte personnelle menée en solitaire contre le monde. En effet, peu sont ceux qui comprennent vraiment sa dynamique. Cet esprit brillant et anti-conformiste souffre des guerres et du renoncement face à l’adversité du nécessaire. Épris du désir de comprendre les arcanes de l’existence et de l’invisible, du cosmos qui nous a créé, il se donne tout entier à la recherche de la vérité. Ses outils sont l’esprit et la pratique artistique, genre de transcendantalité d’un tout qui se retrouve en chaque homme.

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Complexe, 1912.

En symboliste, dont le propre est d’exprimer et d’explorer la profondeur des états d’âmes, voire de l’âme tout court, Kupka veut pénétrer ce qui demeure caché dans le réel nu, vu à travers les filtres opaques des sens.  Théosophe et féru de mysticisme, il approche les abysses colorés du cosmos et des profondeurs insondées… affleure la composition fractale des fleurs, des ondes, des gaz, de l’eau, des particules. Tout ce qui se meut sans que nous y prenions garde. Kupka est pris du désir de comprendre les arcanes de l’existence, de l’invisible et du cosmos.

Les mécanismes à l’œuvre du monde passionnent František Kupka : aussi peint il un Cercle darwinien qui illustre « la théorie de la diversité croissante ». Habituellement représentée par un arbre, le peintre traite son sujet en cercles, comme la propagation d’un champignon nucléaire au lieu d’imaginer des branches en coraux… une onde, une énergie, voilà la vision de la vie de l’artiste tchèque.

Sa recherche philosophique perce ses toiles, affleure dans chaque forme et chaque couleur.

Il n’a de cesse de peindre l’élévation, l’ascension pour signifier le réel en usant de toutes les formes pour peindre « des conceptions, des synthèses, des accords et ainsi de suite ».

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Réminiscence hivernale, 1915-1923.

Jubilations, trépidations, l’artiste est subjugué par le besoin de chercher toujours plus de profondeur, plus de sens. Investis dans des réflexions métaphysiques, autant que mystiques, il n’aura de cesse de dépasser ses propres limites représentationnelles en mettant au point les techniques picturales qui conviennent et en adaptant sa palette chromatique aux sensations, qui parcourent le corps, aux pensées qui parcourent les synapses, et font émerger la couleur unique par les yeux de celui qui perçoit le monde à sa façon. Il invente notamment une nouvelle touche picturale qu’il nomme la touche verticale. En vrai chercheur, il précise : « L’artiste vieillit et s’ankylose s’il ne renouvelle pas ses efforts à chaque œuvre nouvelle. Le véritable artiste tâtonne encore à quatre-vingts ans, comme à seize ou quarante. »

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Étude pour le langage vertical, 1911.

Au Salon de la Section d’or, en 1912, ce sont les « formes irrégulières » qui viennent parachever une ancienne vision mathématique des lois de l’univers. Sur un écriteau on peut lire : « Kupka explore les possibilités picturales de la tache indéterminée et indéterminable qui va à l’opposé de l’absolu ».

À la contemplation de ses œuvres, on se dit que ce solitaire dévoué à la vie, presque sacrifié, a peut-être réussi l’inconcevable : faire épouser la forme de ses créations et le fond de ses idées. Un défi qui semble impossible et pourtant ! Le mystère semble percé… on le touche du doigt, on le sent presque là, sous nos yeux.

Marion Gisquet