Le conflit en Iran et au Moyen-Orient, quels impacts pour la région et l’Europe.

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Depuis le début de la guerre contre le régime iranien des Mollahs, menée conjointement par les États-Unis et Israël, le gaz européen[1] a connu une ascension fulgurante, grimpant de près de 45 % en une seule séance le 2 mars dernier.

De son côté, le Brent[2] (baromètre mondial du pétrole) a bondi d’environ 15 %, franchissant la barre des 88 dollars le baril, alors qu’il évoluait autour de 63 dollars en début d’année. En quelques heures, la courbe des prix s’est redressée comme un électrocardiogramme affolé.

Les marchés de l’énergie vacillent sous l’effet des frappes iraniennes visant des installations stratégiques dans le Golfe. Chaque attaque agit comme une secousse sismique sur des marchés déjà ultrasensibles.

La compagnie publique qatarie QatarEnergy a ainsi annoncé la suspension temporaire d’une partie de sa production de gaz naturel liquéfié, après des frappes ayant touché deux complexes majeurs de traitement.

En Arabie saoudite, une raffinerie géante de Ras Tanura (exploitée par Saudi Aramco) a également dû interrompre certaines opérations à la suite d’un incendie provoqué par une attaque.

Un passage maritime sous haute menace

L’onde de choc s’explique aussi par la paralysie quasi totale du trafic dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transitent près de 22 % du pétrole mondial ainsi qu’environ 16 % des produits raffinés.

Officiellement, le détroit n’est pas fermé. Mais dans les faits, il fonctionne comme une porte entrouverte sur laquelle plane la menace. Plusieurs incidents maritimes signalés dans cette bande d’eau large d’une cinquantaine de kilomètres ont suffi à faire exploser les primes d’assurance. Face à ces coûts prohibitifs, nombre d’armateurs ont préféré immobiliser leurs navires, bloquant de fait le commerce dans la région et, par ricochets, dans le monde.

Cet arrêt a mis un frein brutal aux exportations des cargaisons de gaz naturel liquéfié du Qatar, pilier gazier régional.

À l’heure actuelle, les économies asiatiques apparaissent comme les plus exposées : l’Inde, le Japon ou encore la Corée du Sud subissent de plein fouet les ruptures d’approvisionnement.

La Chine tire son épingle du jeu en bénéficiant  d’un passe-droit pour faire sortir ses navires du détroit d’Ormuz, depuis le 9 mars dernier, en échanges de services rendu au pouvoir en place en Iran.

L’Union européenne se veut plus rassurante, affirmant ne pas anticiper de tension immédiate sur ses stocks. Toutefois, la faiblesse relative des réserves gazières européennes cette année pourrait contraindre le continent à entrer en concurrence accrue avec les acheteurs asiatiques pour les cargaisons encore disponibles.

Les pays membres de l’OCDE disposent théoriquement de réserves équivalant à environ 90 jours d’importations. Mais ces coussins stratégiques pourraient s’avérer insuffisants en cas de blocage prolongé.

Une interruption durable pourrait propulser le brut vers 105 dollars le baril (lire la mise à jour de l’article du 12 mars 2026 en bas de page), notamment si les attaques devaient viser d’autres installations pétrolières majeures.

Un seuil symbolique en ligne de mire

Aux États-Unis, la flambée des prix pourrait devenir un enjeu politique brûlant, néanmoins, un blocus durable supposerait un engagement militaire et logistique d’une ampleur inédite. Tant que le conflit reste contenu dans le temps, une perturbation profonde et persistante demeure improbable.

La peur de voir un baril dépassant le seuil des 100 dollars pourrait jouer en défaveur de Donald Trump, notamment à l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis en novembre prochain.

L’autre conséquence pourrait aussi être de remettre une pièce dans la machine de guerre terroriste russe, qui finance sa guerre contre l’Ukraine et l’Europe en vendant son pétrole à ses partenaires mondiaux. Un baril haut lui permettrait de renflouer ses caisses et de tenir quelques années de plus grâce aux ravitaillements effectués par les navires de sa flotte fantôme sous pavillons étrangers.

La semaine en cours nous dira si les marchés s’enflammeront, à la suite de l’étincelle allumée au Moyen-Orient, ou si cette turbulence n’est que passagère (lire la mise à jour de l’article du 12 mars 2026 en bas de page).

Le fait que le conflit s’étende maintenant au Liban, à cause de l’envoi de missiles et de roquettes de la part du Hezbollah, laisse présager un scénario d’embrasement général de la région qui ne sera pas sans conséquences pour les économies européennes.

Quoi qu’il en soit, les événements actuels déclenchés en Iran (mort du prétendu guide suprême Khomeini, de l’ancien président Ahmadinejad, entre autres) vont redistribuer les cartes du pouvoir dans la région.

À ce stade, et si on se recentre sur l’Iran, nombreux sont à indiquer que le plus important pour Téhéran est de réussir sa période de transition démocratique post-mollahs. Celle-ci pourra prendre la forme d’une monarchie éclairée ou d’un autre système qui nécessitera le concours de toutes les forces vives du pays, notamment sa jeunesse, ainsi que des personnes de bonne volonté.

Mise à jour du 9 mars 2026.

Le pétrole dépasse les 100 dollars le baril à la suite du blocage du détroit d’Ormuz.

Mise à jour du 12 mars 2026.

Pétrole : Washington annonce débloquer 172 millions de barils de sa réserve stratégique, Tokyo compte faire de même dès lundi 16 mars. Le baril de Brent reste malgré tout au-dessus des 100 dollars. 

Mise à jour du 19 mars 2026.

Le gaz européen s’envole de plus de 35% après l’attaque par l’Iran d’un site gazier au Qatar.

Mise à jour du 20 mars 2026.

Réserves stratégiques de pétrole : les stocks débloqués « ont commencé à être mis à disposition » sur le marché, annonce l’AIE.

Mise à jour du 25 mars 2026.

« Les routes énergétiques mondiales sont en train d’être redessinées sous la contrainte », résume The Economist, alors que les armateurs contournent massivement le détroit d’Ormuz. Le Brent se maintient au-dessus des 100 dollars dans un marché dominé par la peur d’une extension du conflit.

Mise à jour du 28 mars 2026.

« Un fragile espoir diplomatique émerge, sans garantie de désescalade », note la presse internationale après des discussions indirectes autour du détroit. La volatilité des prix s’accentue.

Mise à jour du 2 avril 2026.

Le choc pétrolier commence à se transmettre à l’ensemble de l’économie mondiale. Révision à la baisse des prévisions de croissance et retour marqué des tensions inflationnistes.

Mise à jour du 12 avril 2026.

J. D. Vance met fin aux pourparlers d’Islamabad après une seule journée de négociations, sans avoir obtenu d’accord avec Téhéran.

Mise à jour du 6 mai 2026.

– L’Iran dit attendre de la Chine un rôle pour « l’après-guerre » au Moyen-Orient.

– Espoir d’accord entre Washington et Téhéran : le pétrole chute, les Bourses mondiales s’envolent.

– La France présente ses « exigences » à Washington et Téhéran pour lancer une mission de sécurisation et positionne son porte-avions.

Mise à jour du 4 juin 2026.

Au-delà de la seule question énergétique, le conflit est désormais entré dans une phase de recomposition géopolitique régionale. Malgré la prolongation du cessez-le-feu négocié au printemps sous médiation pakistanaise et avec l’appui du Qatar, de l’Arabie saoudite et d’Oman, aucun accord définitif n’a encore été conclu entre Washington et Téhéran. Les discussions achoppent toujours sur plusieurs sujets majeurs : le programme nucléaire iranien, les missiles balistiques, la levée des sanctions et surtout le statut futur du détroit d’Ormuz. Reuters indiquait fin mai qu’un mémorandum d’entente avait été élaboré afin d’encadrer une sortie de crise, sans toutefois déboucher sur un traité de paix formel.

Parallèlement, la guerre a accéléré le repositionnement des puissances régionales. L’Arabie saoudite apparaît comme l’un des principaux bénéficiaires politiques de la crise, attirant capitaux et investissements tandis que plusieurs États du Golfe cherchent à réduire leur dépendance sécuritaire à l’égard de Washington. La Chine, de son côté, multiplie les appels à une solution diplomatique et tente de s’imposer comme acteur incontournable de l’après-guerre, refusant toute logique de changement de régime imposé de l’extérieur en Iran.

Sur le terrain, les tensions demeurent vives malgré l’existence d’une trêve. Les attaques iraniennes contre des infrastructures au Koweït et à Bahreïn, les frappes américaines contre des navires soupçonnés de contourner le blocus, ainsi que la poursuite des affrontements indirects au Liban, montrent que la désescalade reste extrêmement fragile. Plusieurs centres d’analyse stratégique estiment désormais que la question du Liban et du Hezbollah est devenue indissociable des négociations sur l’avenir de l’Iran, faisant craindre un enlisement diplomatique.

Enfin, un phénomène plus discret attire l’attention des experts : malgré les perturbations officielles du trafic maritime, une part croissante des exportations pétrolières semble désormais emprunter des circuits opaques. Selon Reuters, des pétroliers naviguant avec leurs systèmes de localisation désactivés permettent à certains flux énergétiques de continuer à alimenter l’Asie, notamment la Chine et l’Inde. Cette évolution pourrait durablement transformer les routes commerciales mondiales et renforcer l’émergence d’un marché énergétique parallèle échappant en partie aux mécanismes traditionnels de contrôle occidentaux.

Mise à jour du 16 juin 2026.

L’évolution majeure de ce mois de juin est l’annonce d’un potentiel protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran destiné à mettre fin à plusieurs mois de conflit et à permettre la réouverture progressive du détroit d’Ormuz. La signature de celui-ci est prévue pour le 19 juin 2026 en Suisse. Les modalités définitives restent en cours de négociation. 

Néanmoins, la prudence reste de mise. Les négociations doivent encore se poursuivre, notamment sur les questions nucléaires, les sanctions et les garanties de sécurité régionales. Nous ne sommes pas non plus à l’abri d’un retour des hostilités après une période d’accalmie, notamment au vue des divisions régionales que le probable accord signé vendredi 19 juin 2026 ne pourra pas faire disparaitre.

Mise à jour du 19 juin 2026.

Les négociations prévues aujourd’hui en Suisse sont « reportées ».

Gaspard Rambel

Pour aller plus loin :

Le travail d’Azadeh Thiriez-Arjangi, Docteur en philosophie et sciences sociales, philosophe, professeur à l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales) et élue au Conseil de Paris.

Dernier article paru en février 2026 à la veille du déclenchement de la guerre dans le journal Études Ricœuriennes : « Iran, entre le règne de l’idéologie et l’éclipse de l’utopie Une lecture critique à partir de Paul Ricœur » :

Études Ricoeuriennes / Ricoeur Studies

Extrait : « Au moment du soulèvement Femme, Vie, Liberté, lorsque les Iraniens affirmaient être désormais engagés sur la voie juste de l’Histoire pour libérer leur pays, je me souviens d’avoir écrit : « Désormais, l’espérance a pris le dessus sur la détresse ; elle a ouvert un chemin, qui permet de se réconcilier avec le progrès de la liberté dans l’histoire. »

Trois ans plus tard, alors que le temps ouvert par ce « désormais » me paraît s’étirer indéfiniment, je reviens à ces lignes écrites par Daryush Shayegan : « Nous sommes arrivés à un point où, si retour il y a, il ne peut revenir que du lieu de la chute ? C’est la formule du Parsifal de Wagner qui m’a toujours fasciné : « Seule guérit la blessure l’arme qui la fit ». » Le lieu de la chute ne fut nul autre que l’avènement de la République islamique.

Les événements en cours en Iran, au moment même où cet article s’apprête à être publié, le courage héroïque des Iraniens malgré la répression, leur volonté indéniable d’en finir avec l’obscurantisme, ainsi que la violence inqualifiable de la République islamique, nous indiquent que ces analyses pourront être lues comme le reflet d’un temps tragique (espérons bientôt révolu !), qui cède la place à des jours meilleurs pour le peuple iranien. »

Interview après le déclenchement de la guerre :

 

Mise à jour du 5 mars 2026.

Concernant la minorité kurde :

Interview sur RCJ :

Concernant les réformistes iraniens : « Les réformistes sont les plus rusés (…) ils ont essayés de négocier sur le programme nucléaire iranien et en même temps ils étaient entrain de développer l’armement nucléaire. Ils ne sont aucunement une option pour le peuple iranien qui se méfie d’eux. »

Concernant les Kurdes en Iran, à 6 minutes 50 : « La question kurde n’est pas nouvelle et a commencé au milieu des années 40 (…) Mais il ne faut jamais oublier que les Kurdes sont parmi les plus patriotes des Iraniens (…) notamment au regard des slogans scandés au moment du mouvement Femme, Vie, Liberté (…) Ce mouvement séparatiste existe depuis toujours mais il est minoritaire (…) Ils font partie des Iraniens et sont patriotes comme toutes les autres minorités qui composent le pays. (…) Il y a sans doute des tentatives d’instrumentalisation comme dans toutes les révolutions ou moment critique de l’Histoire. »

©️Azadeh Thiriez-Arjangi

  1. Iran : l’Europe rattrapée par une guerre qu’elle n’a pas voulue – l’Opinion

  2. Cours Pétrole Brent | Prix Baril Brent en direct – Investing.com