L’Union européenne et le Royaume-Uni resserrent leurs liens face aux tensions internationales.
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par
Eliott Bell
Lors de la Conférence de Munich sur la sécurité qui s’est tenue entre le 13 et le 15 février 2026, la présidente de la Commission européenne a considéré qu’en cette période extrêmement instable, l’Europe et le Royaume-Uni devaient se rapprocher, indiquant que leur avenir était “plus que jamais lié”.
Face au retour des conflits armés en Europe, la question des coopérations, voire des alliances entre États, est de mise. Les liens interétatiques, particulièrement transatlantiques, sont d’autant plus au centre des interrogations depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Le 47e président des États-Unis a acté de façon brutale le pivot de Washington vers l’Asie. Ce tournant avait déjà été initié en 2011 par Barack Obama.
Dès le 7 janvier 2025, soit avant même son investiture, Donald Trump a annoncé sa doctrine dite “Mar-A-Lago”. Il a exigé que chacun des membres de l’OTAN alloue 5 % de leur PIB au budget de la défense, bien au-delà de l’objectif précédent de 2 % du PIB fixé depuis 2014. Cette exigence a conduit à adopter, lors d’un sommet de l’OTAN qui s’est tenu les 24 et 25 juin 2025, un accord selon lequel les États membres de l’OTAN porteront à 5 % de leur PIB les dépenses en matière de défense et de sécurité d’ici 2035.
Au regard des désaccords sur les positions à adopter face à l’invasion russe de l’Ukraine et s’agissant des budgets alloués à la défense par les membres de l’OTAN, on observe un rapprochement entre le Royaume-Uni (R-U) et l’Union européenne (UE) depuis 2025. Un rapprochement déjà souhaité par le Premier ministre britannique depuis sa prise de fonction en juillet 2024 à travers sa politique de “reset” afin de repositionner les relations du R-U avec l’UE.
Un rapprochement, d’abord, face aux tensions économiques déjà présentes à la suite du Brexit, notamment en matière de pêche, et eu égard aux taxes douanières que Donald Trump a tenté de mettre en place après sa prise de fonction. Les années faisant suite au Brexit ont été le théâtre de tensions concernant ce secteur d’activité, au sujet de l’accès à certaines zones telles que les eaux britanniques et s’agissant des quotas s’y rapportant. Ces frictions ont été renforcées par des divergences réglementaires entre le Royaume-Uni et l’Union européenne en matière de politique de concurrence (antitrust). À la suite du Brexit, un cadre de coopération a été établi par l’Accord de commerce et de coopération entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, signé le 30 décembre 2020 et entré en vigueur le 1er janvier 2021. Cet accord prévoit des mécanismes de coordination, notamment un système de notification et de coopération entre la Commission européenne, les autorités nationales de concurrence des États membres et la Competition and Markets Authority, afin d’encadrer l’application des règles de concurrence dans ce nouveau contexte juridique. Selon Teresa Ribera, vice-présidente de la Commission et commissaire à la concurrence, cela a été fait dans le but de “maintenir des marchés équitables et compétitifs”.
On constate que les tentatives de mise à bas du multilatéralisme de Donald Trump, à travers ses droits de douane, ont eu pour conséquence d’accélérer le rapprochement entre le Vieux Continent et le R-U.
Par ailleurs, un nouveau partenariat stratégique sur la sécurité, la défense et les échanges commerciaux, en date du 19 mai 2025, a été établi. Il permet de reconduire l’accès des pêcheurs européens aux eaux britanniques jusqu’en 2038, et de faciliter l’exportation de produits alimentaires depuis le R-U vers le marché européen, par un alignement des Britanniques sur les règles sanitaires européennes.
De la même manière, les fragmentations multiples des relations internationales et du cadre existant depuis 1945, tant concernant les institutions que le droit international, ont conduit les Européens et les Britanniques à se rapprocher en matière de défense. Ce mouvement a été accéléré à la suite de certaines velléités exprimées par Donald Trump s’agissant du Groenland.
Le partenariat stratégique susmentionné permet de renforcer la coopération en matière stratégique et militaire et permettra aux industriels britanniques d’accéder au fonds européen SAFE. Celui-ci est estimé à 150 milliards d’euros et son objectif est de permettre le réarmement des États membres de l’UE.
Les relations franco-britanniques se sont également réchauffées. En matière de défense, les Français et les Britanniques sont les seuls États européens à disposer de l’arme nucléaire. Les Français le sont d’ailleurs de façon autonome, car ils peuvent déployer le parapluie nucléaire pour protéger les autres États membres. Lors du 37e sommet franco-britannique de juillet 2025, et dans la continuité de cette relation bilatérale, les deux États ont annoncé le programme Lancaster House 2.0. Celui-ci vise à moderniser la coopération issue des traités de Lancaster House de 2010. Il y est prévu la coordination des forces nucléaires à travers un groupe de pilotage France-Royaume-Uni. Cette force conjointe est aux avant-postes de la coalition des volontaires : “afin de mettre en place une capacité partagée d’une ampleur suffisante pour la conduite de la guerre et prête à opérer dans tous les domaines, y compris l’espace et le cyber”, selon le président de la République française.
Au-delà de ces rapprochements concrétisés par des accords dans différents domaines, le rapprochement est apparent à travers les positions similaires adoptées entre les pays de l’UE et le R-U face aux différentes crises. S’agissant du conflit russo-ukrainien, les positions britanniques convergent avec celles des pays de l’UE en ce qu’ils souhaitent, chacun, apporter un soutien constant face à l’agression russe, tant sur le plan financier qu’en matière de fourniture d’armements. Dans le même sens, concernant le conflit israélo-palestinien, à la suite de l’annonce par le président de la République française de la reconnaissance de l’État de Palestine devant l’Assemblée des Nations unies, le R-U a reconnu la Palestine en tant qu’État la veille de la reconnaissance française, le 22 septembre 2025, malgré des critiques quant à la légitimité d’une telle action étant donné que le Hamas, en tant qu’organisation terroriste, revendique le pouvoir sur ce territoire.
Pour autant, ces rapprochements ne doivent pas cacher qu’une réelle fracture s’est opérée depuis le Brexit. D’une part, une crainte constante demeure au R-U d’un contrôle par les règles européennes. D’autre part, les Britanniques sont particulièrement attachés à leur “bonne” relation transatlantique. C’est cet équilibre entre ces deux bonnes ententes que Londres cherche à conserver, malgré les bouleversements géopolitiques auxquels elle est confrontée.